Arava Institute ou comment associer gestion de l’eau et processus de paix

Institut Arava

 

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Le bus nous dépose au milieu du désert, la Jordanie à quelques mètres à peine à notre droite avec ses hautes montagnes au sable orangé et ses coulées rouge sang qui dégringolent, à gauche le kibboutz Ketura… Première fois dans un kibboutz, alors forcément y a un peu du mythe qui nous titille, on ne sait pas trop à quoi s’attendre, petite appréhension de dernière minute « on lui demande quoi déjà ?? Ba je sais pas on lui demande de nous raconter non ? »

Rencontre avec Shira Kronich, directrice adjointe du centre de gestion transfrontalière de la ressource en eau (Center for Transboundary Water Management). Elle commence par nous tracer un rapide portrait de sa manière de ressentir la situation d’Israël par rapport à l’eau. Effectivement, Israël est pauvre en ressources et très fort techniquement, mais son sentiment est ambigu, elle oscille entre fierté et un rien de culpabilité, ou du moins la sensation que le tableau n’est pas si rose qu’il n’y paraît… Alors arrive sur la table le problème de la Palestine, la répartition qui n’est pas équitable, et la place prépondérante qu’occupent ces ressources dans les sources du conflit. Et puis au final, soyons clairs, qu’est ce que ça peut bien faire qu’Israël soit extrêmement performant en traitement des eaux, recyclage et compagnie, si de l’autre côté du checkpoint, en Cisjordanie, plus de 70% de la population ne collecte, ni ne traite ses eaux usées. Alors ici à l’Arava Institute, on a une manière bien particulière de penser la gestion des ressources : à l’échelle de la communauté… Plus d’État, plus de frontières, tout cela est superflu pour qui parle de gestion de ressources. Et si les politiques ne sont pas capables d’aller les uns vers les autres, alors à une autre échelle il va falloir y arriver, rassembler les techniciens, les scientifiques des deux côtés, pour échanger les données, partager, réfléchir ensemble et avancer. C’est dans cet esprit que le programme d’étude d’Arava Institute accueille 1/3 de palestiniens, 1/3 d’israéliens et 1/3 d’internationaux. Tous les étudiants vivent ensemble au kibboutz, ont des cours de gestion de la paix et de communication non violente entre deux cours de politique de l’environnement et de traitement des eaux usées et finalement apprennent à construire le monde de demain dans la compréhension et la tolérance de l’autre. Une bulle au milieu du désert et d’Israël.

Première étape incontournable pour Shira : le traitement des eaux usées. C’est comme ça qu’est né le projet d’Arava : construire un système simple techniquement parlant, adaptable à différentes échelles et durable permettant de traiter les eaux usées des communautés hors réseau. Aujourd’hui le système qu’ils ont mis en place est installé dans 5 foyers en territoires palestiniens (Cisjordanie).

Le système est composé de plusieurs bacs remplis de graviers et dans lesquels poussent des papyrus. Par gravité les eaux usées arrivant dans le premier bac passe ensuite dans les suivants. Les graviers agissent comme des filtres et servent de support au développement des bactéries qui se nourrissent et transforment la matière organique des eaux grises et noires. Le nombre de containers utilisés dépend du nombre de personnes concernées et de la concentration des eaux usées. L’eau issue du dernier bac peut être utilisée pour l’irrigation. Cette solution de traitement décentralisé est donc bien adaptée au contexte de la Cisjordanie, soit un milieu rural avec des foyers isolés possédant souvent un petit jardin avec des plantations.

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Le traitement de l’eau peut réduire jusqu’à 40% la consommation d’eau du foyer, entraine une diminution de la part du budget allouée à l’approvisionnement en eau et augmente la sécurité alimentaire via l’irrigation de petites cultures. Aujourd’hui ce programme est financé par USAID et les familles, qui en bénéficient (sélectionnées grâce à des partenaires locaux), n’ont pas à en assumer le financement.

Un nouveau programme toujours à destination des communautés exclues des réseaux est en phase de démarrage dans la bande de Gaza, avec en plus du traitement de l’eau et de l’agriculture, une composante énergétique. Le postulat de base étant que la gestion de ces ressources essentielles joue un rôle crucial dans le conflit israélo-palestinien. Cependant le contexte à Gaza est très différent (plutôt urbain) et beaucoup plus tendu qu’en Cisjordanie, plusieurs aspects du système sont donc appelés à être modifiés suite à une première étude sociologique approfondie. L’Arava Institute, des chercheurs palestiniens et l’Université du Colorado coopèrent sur ce projet qui tient plus du “human engineering” qu’à des solutions techniques qui en soit sont assez simples.

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