Pierre Emmanuel et Léa se heurtent à la dure réalité

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La saga africaine a commencé sur les chapeaux de roues, entre 4 glissements de terrain et des pluies diluviennes, on a fini par arriver à Gessa Chare dans le Dawro, pas la peine de googler, on avait essayé, personne n’en a jamais entendu parlé !

Nous nous sommes donc lancés sur les traces des projets InterAide dans le woreda de Loma, questionner les bénéficiaires des points d’eau et les personnes n’ayant pas accès à de l’eau potable. Avec l’espoir d’en tirer une fabuleuse base de données qui rendrait compte avec une limpidité incomparable de toutes les retombées positives de l’accès à l’eau.

Bon bien sûr la réalité est plus complexe. Premier problème de taille, l’amharique est loin d’être notre langue maternelle, les dialectes locaux encore moins, et l’anglais est loin d’être la langue maternelle de nos deux fantastiques traducteurs. Résultat des courses, si l’enquête sociologique pose en elle même des problèmes bien assez complexes d’échantillonnage et de méthodologie, on a délibérément démultiplié les difficultés. Ainsi au bout de la troisième reformulation de la question pour tenter de se faire comprendre par nos propres traducteurs, les interrogations que nous avions tournées et retournées dans tous les sens perdent un peu en finesse. De plus, certaines questions qui nous paraissaient d’une nécessité absolue, deviennent beaucoup moins crédibles, voir carrément ridicules, une fois assis dans la boue entre une chèvre et un poulet, recouvert de mouches en train d’essayer de compter le nombre infini d’enfants d’un foyer vivant dans 40m2 au milieu de nulle part.

Pourtant, nous pensions être armés avec l’expérience de Madagascar et nos questionnaires sociologiques qui paraissaient déjà infinis. Mais rien à faire, on oublie bien vite quand on a qu’à appuyer sur un bouton pour avoir de la lumière, qu’on a pas besoin de faire un feu pour faire à manger, qu’on a aucune idée de la couleur de la vache qu’on mange en steack et que la principale question du matin est de savoir si cette paire de chaussures est vraiment celle qui va le mieux avec ce manteau. Bref, un entretien a suffit à remettre les priorités en place et nous ramener à la réalité.

Deuxième problème non négligeable, la logistique et le management humain. Parce que cette fois ci on est obligé de se reposer sur deux traducteurs et deux chauffeurs de motos, lesquels n’ont pas les mêmes priorités que nous. Quand l’un des traducteurs est persuadé que ne pas manger à l’heure son déjeuner augmente le risque d’attraper la malaria, et que l’autre craint plus pour sa moto que pour sa vie cela complique encore les choses. Surtout que nous n’avions ni prévu, ni imaginé, qu’il n’y aurait pas de vrais villages, mais plutôt des maisons disséminées à flan de montagnes. Ainsi, la transition entre deux entretiens s’est rapidement transformée en treck de 30min, Ô joies de l’échantillonnage aléatoire ! Bref nos deux traducteurs se plaignent de la difficulté du travail, et nous voilà transformés en nounous à tenter de les faire avancer à coup de distribution de biscuits, d’eau et d’anti-moustiques. Il faut donc ménager les sensibilités pour garder nos troupes au complet jusqu’au bout. En précisant que notre gang hétéroclite est constitué de deux professeurs d’anglais et deux chauffeurs de motos customisées à souhaits qui diffusent de la musique Ethiopienne orthodoxe à qui veut bien passer dans un rayon de moins de 10 mètres et font de la roue libre 85% du temps pour économiser leur plein. Un des professeur ayant la coupe de cheveux de Marge Simpson, la personnalité de Elvis Presley et une mobylette « Don’t worry, be happy » et le second s’apparentant plus à Stromae avec le caractère de Melmane dans Madagascar et une fâcheuse tendance à dire Yes pour dire « Je n’ai pas compris, peux-tu répéter, voir reformuler s’il te plait ».

La récompense bien méritée c’est que chaque nouvelle maison (où l’on arrive rougeaud et transpirant) offre un panorama hors normes, avec des hauts plateaux tombant à pic dans la plaine, des sortes de pain de sucre qui dégoulinent dans les méandres des rivières et des forêts d’insets qui entourent de petites maisons en torchis.

 

Bref Pierre Emmanuel et Léa parcourent les kebeles du woreda de Loma en mobylettes sans casques sur des pistes de motos cross accompagnés de Jonnhy B.Good et Melmane l’hypochondriaque, en mangeant des injeras et en tentant d’appliquer rigoureusement des conditions aléatoires aux aléas du terrain

 

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One thought on “Pierre Emmanuel et Léa se heurtent à la dure réalité

  1. Muller says:

    Bravo pour votre persévérance
    Quand l’humain domine dans toute étude,les statistiques sont à utiliser avec beaucoup de réserve .
    Il faut savoir se souvenir que dans une courbe de Gauss ,il y a deux extrêmes ;il ne faut pas délaisser ce qui se trouve à l’extrêmité inférieure… Encore BRAVO

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