Voir Bero Yamala et mourir

Nous voilà parti un mercredi matin comme les autres, la fleur au fusil, notre moto tunée retentissant gaiement aux environs, direction Aela Bacho pour notre focus de groupe avec les femmes. Mais il faut croire que nous sommes maudits, parce que pour la deuxième fois de la semaine, celui-ci est annulé pour cause de deuil. On se réoriente donc in-extremis vers Bero Yamala, toujours plus au moins gaiement sur nos motos qui font plus de roue libre qu’autre chose, même lorsqu’on essaye de glisser avec nos gros sabots que nous sommes assez pressés.

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Assez soudainement, ce qui était jusque là une route en terre un peu cahoteuse devient une piste de cross avec une pente à 70%. Johnny B Good commence déjà à s’affoler pour sa moto et les « stupid road » retentissent vers la vallée. On fini par abandonner les motos et continuer à pieds. On se retrouve dans une vallée luxuriante encastrée aux pieds des falaises, des petits chemins de terre serpentent entre les forêts d’insets, abritant des maisons en torchis et des toukouls (cases traditionnelles). C’est plutôt très mignon et paisible, « jusque là tout va bien, mais l’important c’est pas la chute c’est l’atterrissage » comme dirait l’autre, et effectivement en quelques 20 minutes le tableau tourne à l’horreur. Pourtant les indices étaient là : Un professeur de maths plein de bonne volonté s’était précipité sur nous pour nous expliquer que le problème de ce village c’était surtout la route, qu’elle était très mauvaise, et que si on pouvait faire quelque chose pour eux, ça serait le bienvenu, et puis il y avait bien cette petite cascade en haut des falaises, mais elle était tellement jolie, et nous étions sous le charme. Tout avait si bien commencé, nous avions entamé notre première enquête avec un membre du comité, dans une maison plutôt très propre, assez mignonette, pas spécialement de problèmes avec le point d’eau, une production agricole assez importante pour nourrir sa famille, des enfants qui allaient à l’école… bref plutôt pas mal. Au milieu du questionnaire tombent les premières gouttes sur la tôle, le bruit devient rapidement assourdissant, mais pas encore de quoi nous affoler, la tôle c’est trompeur me dis-je intérieurement. Je brusque un peu Melman, qui n’avait manifestement vraiment pas l’intention de se mouiller, en lui annonçant qu’on enchaine avec nos prochains candidats. Je commence à sentir que ça tourne au vinaigre lorsque je me rends compte que chaque petit chemin de terre rouge s’est transformé, au mieux en savonnette, quand ce n’est pas en petit torrent. On pénètre dans le toukoul des prochains enquêtés, début de la descente aux enfers, je n’avais pas prévu que dans cette case ronde de 7m de diamètre vivrait 4 vaches et deux personnes âgées. On avait été épargnés jusque là en faisant nos interviews à l’ombre des manguiers, mais là entre la boue, le bétail qui urine à un mètre de nous et la vieille dame qui a l’air rongée par l’arthrose et qui ne peux clairement pas manger à sa faim vu la production de leur « exploitation agricole », mon cœur se sert. Manifestement pas celui de Melman qui garde son ton docte de professeur méprisant, et ferme à moitié les yeux. Je finis par craquer et lui lance une remarque cinglante sur son mépris, ce à quoi il me dit que je comprends mal son ton. Après avoir enchainé deux foyers dans le style, entre deux pluies torrentielles, il commence par me dire « I am awfull sorry », je crois qu’il va me parler de son air supérieur et je commence déjà à lui pardonner, mais il enchaine avec « because the two last households were very not educated and dirty » loupé, on a failli bien s’entendre. Là dessus, on tente de retrouver PE et Johnny B, mais c’est peine perdue, avec la pluie tout le monde a disparu, le petit ruisseau à traverser est devenu un torrent rouge, on s’enfonce dans la boue jusqu’aux chevilles, et on manque de se retrouver sur les fesses toutes les 5 secondes. Et puis comme on était sensé ne faire qu’un focus de groupe avec les femmes ce matin, j’avais sorti mes habits d’apparat, et Ôh jour de d’exception mes bensimons ! Echec sur toute la ligne. Impossible de trouver la seconde team, les chauffeurs et les motos ont disparu au premier coup de tonnerre de peur de rester coincés ici, et pas de repas en perspectives. Après maintes péripéties, on fini par se décider à rentrer à Gessa Chare à pieds, persuadés que la deuxième équipe a plié bagages. Après 50 min d’ascension pleine de cailloux et de boue rouge, en manquant de glisser magistralement à chaque pas, on arrive au bout de nos peines, pour découvrir que Johnny B et PE sont toujours coincés de l’autre côté.

À la porte faute de clefs, je fini par les voir arriver, 1h40 plus tard couverts de boue, notre diva de traducteur fulminant contre l’acharnement au travail de PE. Vexé comme un poux et furieux il tente de démarrer sa moto et se ridiculise en s’embourbant devant notre porte. La sortie magistrale est quelque peu loupée.

Il conclura le lendemain, le sourire retrouvé et avec un peu de recul : « If one day I have to live in Bero Yamala, I kill myself ! »

Et parce que sinon, le mythe ne serait pas complet, Melman est bien sûr tombé malade suite à notre ascension retour.

 

Bref on s’installera peut être à Bero Yamala pour se lancer dans l’agriculture bio mais quand ils auront construit une route et désenclavé la vallée

2 thoughts on “Voir Bero Yamala et mourir

  1. Muller says:

    La boue est excellente dans la prévention des douleurs articulaires
    En plus d une ferme vous pourrez installer une cure thermale
    Bisous
    A bientôt
    Papa

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