Il était une fois le Bangladesh…

Le Bangladesh c’est 168 957 745 habitants posés sur un delta qui prend l’eau de toute part. Soit plus de 1000 habitants au km^2, ce qui fait de un, beaucoup de personnes, et de deux, un des pays les plus densément peuplé au monde. Alors oui, le Bangladesh c’est trop peuplé, plutôt sale, bruyant, très pollué, avec une circulation et des embouteillages qui feraient craquer les plus grands yogis, la vie a l’air d’une bataille infinie, il faut marchander pour manger, pour se déplacer, pour s’habiller, la pauvreté prend à la gorge par certains endroits, les inégalités par d’autres, et si on se laisse aller à rêver plus de deux minutes sur un trottoir, non seulement on a l’impression de se faire happer par une foule antipathique mais en plus on risque sa vie 5 fois. C’est un pays complètement fou, qui semble  s’être laissé emporter, qui a oublié la réalité, la vraisemblance, la sobriété, entre la légende et la folie on ne sait plus trop, tout est permis, tout est possible. Et c’est comme ça que des gangs se mettent à dresser des éléphants pour qu’ils extorquent de l’argent aux gens dans les rues de Dhaka, que les grandes folles deviennent une mafia à part entière faisant trembler la moitié du bidonville et débarquent en pleine journée au bureau pour racketter les employés, que les bus, voitures, rickshaws, charrettes, CNG et toute autre chose circulant au Bangladesh jouent au Magicobus dans les embouteillages, qu’un palais se retrouve peint en rose cochon au beau milieu de la ville et tout ça sous 35degrès et 80% d’humidité.

Et pourtant malgré tout ça on se laisse prendre par cette danse infernale, avec beaucoup de lâcher prise, et un poil d’abnégation, on se met à aimer ce vent de folie.

On le trouve attachant ce pays plein de contradictions, on regarde toutes les petits échoppes voilées pour le Ramadan, et on rit sous cape de se rendre compte que dans ce pays à 90% musulman, il suffit de soulever un drap pour retrouver tout le quartier attablé autour d’un naan et d’un verre de thé.

On regarde ces femmes en saris multicolores, ces rickshaws plus kitsch que nature et on se surprend à les admirer, on les voit virevolter, se frayer un chemin avec assurance comme si toute cette agitation assommante était toute naturelle, et tout bien réfléchi un environnement presque paisible, et finalement ressortir de l’autre côté intactes. Finalement tout est possible, et c’est peut-être tout ce qu’il y a à retenir. Cela donne un sentiment irrépressible de liberté, c’est mi grisant, mi effrayant et cependant si simple. Le désordre ambiant met à l’aise, et quand on oubli de fonctionner dans son référentiel européen, et qu’on s’assoit tout simplement sur une petite chaise en plastique dans la rue, coude à coude avec son voisin pour partager un peu de riz soufflé et de pois chiches pour fêter Iftar, soudain on se sent juste au bon endroit au bon moment, comme si on venait de se faire adopter, et que notre empreinte avait trouvé sa place dans le décor.

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