Loola…

14h, un jour d’août comme un autre sous le soleil de plomb de Singapour, on erre dans les quartiers résidentiels, on ne sait pas vraiment ce qu’on est venu chercher par ici… On nous a parlé de cet eco resort en Indonésie avec un système de traitement des eaux usées intéressant, mais à vrai dire on ne sait pas vraiment à quoi s’attendre, on avait jeté une bouteille à la mer, et voilà qu’on nous a répondu et qu’on nous propose un rdv : alors nous voilà !

On n’est pas déçu, rencontre avec Marc dans son jardin, mi géo trouvetout mi business man le personnage vaut le détour. Loola ce n’est pas seulement un eco resort, c’est aussi un formidable champs d’expérience pour les technologies durable et comme Marc Van Loo est intarissable c’est aussi devenu au fil des ans une expérience sociale.

Dans Loola, il y a le Loo et le La, il y a Marc et sa femme Isabelle, il y a une histoire qui a commencé il y a fort longtemps avec un long road trip en Asie du Sud Est, une rencontre avec la gentillesse et le sens de l’accueil des indonésiens, un PHD plus tard Marc se lance dans l’aventure, et ce qui devait être un hotel pour backpackers devient le meilleur eco resort d’Asie.

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Si on se concentre uniquement sur notre sujet de prédilection : l’eau, chez Loola on fait de la récupération d’eau de pluie et on traite les eaux usées grâce un ingénieux petit jardin. En effet, directement en bord de mer, la question cruciale de la ressource en eau s’est posée pendant longtemps. Fonctionnant au début quasiment uniquement sur les réserves souterraines, Loola s’est rapidement retrouvé confronté à des problèmes d’assèchement de forages. Aujourd’hui grâce à une armada de réservoir et un malin système qui permet d’évacuer l’eau sale des premières pluies, la récupération des eaux de pluies permet d’alimenter en eau l’ensemble des douches et chasses d’eau de l’hotel. Et pour boucler la boucle, Marc s’est intéressé à un modèle mis en place par l’UNICEF pour traiter ses eaux usées.

Une fosse septique, une couche de gravier, une couche de sable blanc très pur et quelques bananiers : simple comme bonjour, ou presque.

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Les eaux usées sont donc conduites vers une fosse septique, dont les tuyaux d’arrivée et de sortie sont disposés de manière à créer un mouvement permanent et de casser les solides présents. L’eau reste environ 2 jours dans cette fosse septique, où sous l’action de certains micro-organismes, l’eau est débarrassée de 70% de ses bactéries. L’eau usée sortant de la fosse septique est conduite vers une petite bananeraie qui prend pied sur une couche de graviers surmontée d’une couche de sable blanc. Ce substrat étant extrêmement pur, les bananiers ont pour unique nourriture la matière organique issue des eaux usées. L’eau est donc purifiée par l’action des bananiers.

LooLa vient d’obtenir en partenariat avec 3 universités une bourse de recherche, pour trouver un moyen d’optimiser ce jardin de traitement en le rendant plus efficace et moins cher!

Mais pour gagner ses lettres de noblesse Loola ne s’est pas contenté de s ‘attaquer aux problèmes d’eau. En effet, les problématiques d’énergie sont elles aussi au cœur de ses préoccupations, comme en témoigne l’immense superficie de panneaux solaires qui recouvre le toit de la cantine et de la base nautique. Cette énergie solaire est utilisée en partie pour faire fonctionner le premier système de climatisation au monde entièrement solaire. En effet, l’énergie des panneaux solaires est utilisée la journée pour faire congeler un gros glaçon qui fera office de batterie en permettant de stocker l’énergie solaire. Le soir un système de refroidissement d’air est mis en place autour du glaçon avant qu’il ne soit envoyé vers les climatiseurs des villas.

Pour améliorer les performances de ces différentes expériences, Marc a mis en place un partenariat avec l’université NUS de Singapour. Ainsi des doctorants vont dès cette année se mettre à suivre de plus près Loola, faisant passer le ressort au grade de véritable champ d’expériences scientifiques.

Et comme si cela ne suffisait pas, en creusant un peu le sujet au détour de la conversation, on se rend compte que par bien des côtés Loola est aussi une petite révolution socialement parlant. Tout d’abord parce que l’intégralité du staff vient des petits villages indonésiens aux alentours, ici par vraiment de chef de site, de manager, de directeur d’hotel, et encore moins d’expatriés détenant se genre de postes, l’organisation est très horizontale et le staff uniquement local. Les maitres mots sont l’indépendance et la prise d’initiative. Les employés se sont vus « offrir » une boutique dans l’enceinte du resort, ils en sont responsables et la gèrent comme ils veulent, tous les profits sont pour eux. Et parce que notre hyperactif d’hôte ne semble vraiment jamais s’arrêter, l’aventure ne s’arrête pas là en termes d’impact social, les singapouriens, que ce soit les familles accueillies dans les villas où les écoles qui profitent du dortoirs et des activités, sont friands d’expérience pseudo humanitaire et de team building, aussi Marc a depuis plusieurs années monté des projets avec les communautés locales. Tourisme humanitaire qui a de quoi nous hérisser les poils, plutôt réticents sur l’idée, nous n’avons pas lésiné sur les questions pour comprendre le fonctionnement de ces « activités », qui au final semblent bel et bien tenir debout. Loola a donc mis en place des partenariats avec les villages alentours et conduit différents types de projets selon les besoins locaux : construction de routes, rénovation d’habitats, distribution de moustiquaires, mise en place de système de traitement des eaux usées avec les bananiers..etc. Le principe est simple, les familles souhaitant participer à ces programmes s’inscrivent sur une liste d’attente auprès du chef du village, et lorsque des groupes viennent avec les financements nécessaires, les familles en questions expriment ce dont elles auraient besoin de manière la plus urgente. Et si le resort n’a pas le professionnalisme de certaines ONG, il n’en est pas moins beaucoup plus consciencieux qu’une bonne partie des ONG et désireux de mesurer son impact en lançant des à présent des enquêtes de satisfaction auprès des villageois et tout aussi bien renseigné du contexte que toute ONG digne de ce nom, puisque le staff en charge de ces projets sont tous issus de ces mêmes villages. Alors, on trouvera surement beaucoup de manière de critiquer, et éthiquement on en peut pas dire que cela ne nous a pas un peu troubler, mais tout n’est pas à condamner, et aux vues des premières enquêtes, Loola rencontre malgré tout un impact important, alors pourquoi cracher dans la soupe si cela permet d’améliorer la qualité de vie de quelques villages indonésiens…